Deux mois en Inde

J’ai l’impression que je viens à peine de publier un article sur mon premier mois en Inde, et ça fait déjà deux mois que j’y suis !

Even though I miss most of them, the sunsets are still really nice over here.
J’en rate la plupart, mais les couchers de soleil sont souvent magnifiques ici.

Depuis la dernière fois, ça va mieux. Parmi les  choses qui m’énervaient, j’ai réussi à accepter ou ignorer la plupart d’entre elles. Mais pour d’autres, c’est pire. Il s’est passé beaucoup de choses, ces quatre dernières semaines. Amma est partie de l’Ashram vous rendre visite en Europe, on a fait quelques escapades entre filles, je me suis baignée dans la mer et je me suis fait quelques amis indiens. Mon projet commence à prendre forme, et Trump a été élu aux Etats-Unis pendant que le gouvernement indien a décidé que tous les billets de 500 et 1000 roupies n’avaient plus aucune valeur. J’ai recommencé à travailler sur des projets en cours à Lausanne, j’ai déménagé dans une autre chambre et de nouveaux étudiants sont arrivés.

Project à Coimbatore

Un mois après avoircommencé à travailler sur mon projet, on commence déjà la manufacture. Si vous êtes curieux de savoir comment ça se passe de ce côté du monde, faites un tour par ici !

The Ricycle's first prototype bike
Avec l’ouvirer/artisan qui a construit la plupart des pièces et assemblé mon Ricycle, après quatre jours de travail.

L’atelier de manufacture se trouve sur un autre campus à environ 300km du campus où se trouve mon labo. Ne tombez pas dans le piège, ici, ça prend près de 10h pour y arriver. Dans mon nouvel appartement, je rencontre deux étudiants hollandais. Ils font aussi un projet ici, et c’est sympa d’avoir de la compagnie !

Amritapuri Ettimadai surroundings
Le campus d’Ettimadai, près de Coimbatore, est entouré de montagnes. L’atmosphère étudiante est plus sympa qu’à Amritapuri, et il fait plus frais pendant la soirée, ce qui est agréable !
One great thing about the Coimbatore campus is the Swimming pool... until dozens of kids jump into the water for training along the width of the swimming pool. The Ashram swimdress also makes training more intense!
La piscine de ce campus est aussi symapthique… jusqu’à qu’une bande de petits indiens se jette à l’eau pour un entraînement intensif dans le sens de la largeur ! Le “burkini” rend l’entraînement plus intense aussi.
odissi dance
On a eu la chance d’assister au spectable de danse “Odissi”, une danse traditionnelle d’une région au Nord de l’Inde. La danseuse, très pédagogique, expliquait le sens des mouvements et des paroles entre deux morceaux.

La vie à l’Ashram

Depuis qu’Amma est partie,c’est beaucoup plus calme. Il y a moins de personnes, mais aussi moisn d’activités et les boutiques sont maintenant fermées la plupart du temps. La piscine est fermée pour problèmes techniques. Un jour, après la méditation, Amma a grondé les swamis (moines) et dévots qui étaient arrivés en retard et leur a ordonné de courir autour du préau de méditation pour les punir. Depuis, les dévots marchent ou courent autour du préau tous les jours parce qu’Amma leur a dit que c’est bon pour leur santé. Je trouve ça hilarant de voir les indiens courir autour du temple pieds nus, en chemise et en “jupe” (qui s’appelle un dhoti, vêtement traditionnel masculin). Je rigole bien, mais je les ai quand même rejoints queleques jours par semaine pour m’entraîner à la course à pieds. En plus, ça calme. Je finis par des exercices de renforcement pour essayer de réparer mon genou qui s’est toujours pas remis de la course de 24h (Run24Dorigny) où j’ai couru un marathon “sans faire exprès” en juin.

robots and food, two of my faves
Un jour, un collègue du labo nous a invités à partager un repas typique nord-indien, qu’il a cuisiné dans le labo. Délicieux !

Des nouveaux amis arrivent, d’autres repartent. Parfois, on fait de la musique après le souper, et on mange des tonnes de gâteaux parce qu’on a des cartes pour la cantine à utiliser. On mange aussi tellement de pastèques avec Chris, un étudiant allemand, qu’on pourrait bien tous être enceintes d’un bébé pastèque.

Akshay with a snake
A l’Ashram, j’ai l’impression d’être au zoo… après les rats, pigeons et corbeaux, les blattes et les fourmis, cette fois-ci mon collègue a décidé de nous ramener le serpent qu’il a trouvé dehors.

Nos échappées belles

Ne me demandez pas pourquoi je ne suis pas partie de l’Ashram plus tôt, je me pose la même question ! Surtout depuis que je l’ai fait. Une partie de la réponse, c’est qu’avec tous ces jours fériés et grèves, on avait bien des jours de repos, mais personne ne nous prévenait ! Autrement, on serait partis en week-end il y a longtemps.

“Maison-bateau” à Alleppey

Avec trois autres filles de l’Ashram, on s’est offert une petite escapade pour une nuit, pour aller faire un tour de Houseboat (littéralement, maison-bateau, maison flottante ou encore péniche), qui sillonnent les canals et lacs des backwaters du Kerala.

Justine, Lise, Teresa and I, enjoying the cruise. How great to find ourselves in a girls group on the backwaters!
Justine, Lise, Teresa et moi, nous profitons de nous retrouver entre filles dans les backwaters ! 

Plage à Varkala

Une autre de nos escapades de l’Ashram, c’était le week-end passé pour aller à Varkala, une ville touristique balnéaire. Mon nouvel ami indien Khan m’avait parlé d’un festival d’arts et musique qu’il organisait, et comme je rentrais de Coimbatore c’était l’occasion parfaite de partir pour le week-end !

gigantic jellyfish
Simona et une méduse géante échouée sur la plage. Contrairement à quand j’étais petite en Nouvelle-Zélande, pas question de faire des batailles avec ces masses gélatineuses, on s’est bien fait piquer en se baignant !

J’avais trop  de choses à dire à propos de ces deux petites aventures, vous pouvez lire la suite de ces récits ici !

Trump, féminisme, malaise, etc.

Quand les élections aux Etats-Unis étaient en cours, je me trouvais dans mon atelier de manufacture à Coimbatore. Quand Trump a été annoncé futur président, je ne savais que penser de cette situation, j’étais en état de choc.

“To summarize the summary: anyone who is capable of getting themselves made President should on no account be allowed to do the job.” Douglas Adams (merci Johann !)

Je n’ai jamais pensé que Clinton était la candidate parfaite, mais j’étais persuadée qu’elle serait infiniment meilleure qu’un type misogyne, raciste et islamophobe. Je me suis sentie terriblement mal en tant que femme, je me suis sentie personnellement attaquée par ses violences répétées envers d’autres femmes. Je me sentais terriblement mal parce que la société ne semble pas en avoir grand chose à faire des violences sexuelles, et trouve ça normal d’avoir un président qui peut faire de telles choses envers les femmes. J’ai eu envie de ramper jusqu’à mon lit et de pleurer et attendant que l’orage passe.

Je me suis sentie terriblement mal parce que ces élections ont fait ressurgir des mauvais souvenirs de harcèlement et de violences que j’avais essayé d’enfouir au plus profond, et je sais que je ne suis pas la seule à me sentir comme ça. Des femmes ont été blessées autour du monde. Je me suis sentie blessée non seulement à cause de ce type qui m’effrayait, mais aussi parce que je me suis en quelque sorte identifiée à cette femme que j’admirais, j’ai réalisé, parce qu’elle est parvenue aussi loin et un homme blanc moins qualifié a quand même eu le job : “J’ai pleuré parce que ça vous fait quelque chose de toujours arriver deuxième.”

La seule chose à laquelle je m’accroche, c’est l’espoir que parfois, il faut se prendre une grande claque dans la gueule pour se remettre sur ses pattes. Faisons ça ensemble.

Monnaie Illégale

La veille de l’élection de Trump, on a eu droit à une autre mauvaise nouvelle. Sur le coup, on s’en est pas vraiment rendus compte, ça nous a plutôt fait rigoler. C’était après le souper, les hollandais et moi on regardait un film. Soudain, Jelmer, se lève, met le film en pause, et nous demande : “les gars, vous êtes prêts pour entendre la dernière nouvelle ?!” et il nous lit l’info sur la nouvelle situation monétaire. Le gouvernement a décidé d’annoncer soudainement que les billets de 500 et 1000 roupies, environ 8 et 15€, ne valent plus rien. Juste des morceaux de papier. Avec effet à minuit le jour même.

Notre première réaction était “Bon du coup on fait quoi, on prend un taxi et on va se bourrer la gueule ?”. Mais on a juste rallumé le film, confiants de pouvoir changer nos vieux billets en nouveaux et de pouvoir retirer de l’argent aux distributeurs sans souci.

One week later, the situation was slightly getting better: after waiting in line for 2 hours I was able to withdraw 2000 rupees from both of my cards.
Une semaine après l’annonce, la situation s’améliorait à peine : après avoir fait la queue pendant deux heures, j’ai réussi à retirer 2000 roupies sur chacune de mes cartes.

C’était sans compter qu’on est en Inde, pas en Europe. On ne s’attendait pas à voir les banques fermées pendant deux jours et les distributeurs vides pendant une semaine. On ne s’attendait pas à ne pas pouvoir être servis aux banques parce qu’on est étrangers. Et surtout, on ne s’attendait pas à ne pouvoir retirer que 2000 roupies (15€) au maximum par jour !

Heureusement pour nous, à l’université et à l’Ashram, on n’a pas vraiment besoin d’argent dans notre vie quotidienne. La situation aurait pu être bien pire. Je ne pourrais pas imaginer être en train de voyager ou alors de devoir payer mon séjour quelque part et prendre l’avion quand d’un coup tout mon argent est déclaré sans valeur. Nous, on a même réussi à s’échapper à Varkala presque sans argent. On avait entendu que les vieux billets étaient encore acceptés dans la zone touristique, et on en a bien profité. On espérait aussi que la situation monétaire serait un peu moins pire dans la ville que dans notre village : elle ne l’était pas.

A Varkala, c’est devenu une blague : “Pas d’argent !” on disait aux vendeurs. “Pas d’argent ? Pas de problème !” ils nous répondaient. “Revenez demain !” Mais quand je n’avais plus assez d’argent pour pouvoir m’acheter du savon, je trouvais la situation beaucoup moins drôle.

At that moment, I realised it was a real serious situation. Government was fighting corruption, but wasn't able to foresee the consequences of taking out all the biggest notes. People didn't have money. Banks neither. There were people queuing in front of each bank for hours, not even sure to be able to deposit their old currency or withdraw from their bank account.
A ce moment là, on a réalisé que la situtation était vraiment grave. Le gouvernement avait pris des mesures contre la corruption, mais n’avait pas été capable d”anticiper les conséquences dues à l’annulation de tous les gros billets. Les gens n’avaient plus d’argent. Ils faisaient la queue pendant des heures aux banques, sans pour autant être surs d’arriver à déposer leurs vieux billets ou retirer de l’argent valide.

Pause Spirituelle

Avec Amma absente de l’Ashram, l’ambiance spirituelle du lieu s’est trouvée réduite. De plus, avec tous mes voyages et une nouvelle coloc dans ma chambre, je ne pratique plus autant la méditation et le yoga. Maintenant qu’on est plus d’étudiants, nos conversations tournent plutôt autour des choses rigolotes qu’on constate en Inde plutôt que des découvertes spirituelles. J’ai lu quelques bons bouquins qui m’ont permis de mieux comprendre ce qu’il se passe ici, et je me réjouis du retour d’Amma pour me remettre dans l’ambiance.

Monkey sitting on a branch.
Le petit singe, bien songeur sur sa branche… Photo prise dans le village où j’implémente mon projet.

Ne pas “Se retrouver en Inde”

Beaucoup de personnes parlent de “se retrouver en Inde”, de se forger ou de trouver sa vraie personnalité. Pour moi, c’était le contraire, j’ai eu le sentiment de m’être perdue ! Avec tous ces stricts règlements de l’université et de l’Ashram, ainsi que la peur instillée par des gens qui n’étaient même pas allés eux-même en Inde, je ne me reconnaissais plus. Ajoutez à ça la découverte de la spiritualité à laquelle je ne comprenais rien, et vous comprendrez comment je me suis perdue au lieu de retrouvée.

Je marchais dans la rue, les yeux fixés sur mes pieds, effrayée de rencontrer à nouveau ces regards sales que j’ai remarqué une fois en marchant à côté d’indiens en allant à l’uni. Je restais dans mon environnement familier, sans même essayer d’explorer. J’étais paralysée par une peur qui n’était pas mienne, la peur que les gens ressentaient pour moi quand je leur ai annoncé mon départ en Inde. Tout comme au Brésil, au fond de moi, je n’avais pas peur, mais les gens m’avaient fait me sentir craintive.

Où était passée mon exploratrice intérieure ? Où était passée cette fille hyperactive qui partait toujours à la recherche de nouvelles aventures ? Je ne suis toujours pas montée en haut du plus haut bâtiment de l’Ashram, et c’est à une simple grimpée en ascenseur.

Getting high, on 14th floor, but still not on the rooftop.
Je m’approche, au quatorzième étage du bâtiment, mais toujours pas sur le toit…

Quand je suis sortie de l’Ashram pour la première fois et que j’ai pu sortir mon GPS pour vérifier une carte ou nos arrêts de bus, j’étais de nouveau moi-même. Pas perdue, confiante, et en m’amusant comme une folle. C’était incroyable de me prouver que je pouvais le faire, que je pouvais voyager en Inde avec mes amies et que je pouvais le faire seule. Ces petits pas m’ont prouvée que l’Inde n’est pas vraiment différente de tous ces pays où j’ai déjà voyagé, je sais comment rester en sécurité, et je n’ai pas peur.

After a MONTH AND A HALF, I went swimming in the sea. It was awesome, and I caught the cutest sunburn I've ever had. I can't believe I waited this long.
Après UN MOIS ET DEMIE, je suis allée me baigner dans la mer à l’AShram. C’était génial, et j’ai choppé le coup de soleil le plus chou que j’aie jamais eu. Je n’arrive pas à croire que j’ai attendu aussi longtemps avant d’aller à la plage !

 

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